Adieu au Père François PIGNAL

« Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur. » A quelques jours de la fête de la Toussaint et du souvenir de nos défunts, c’est l’image que nous allons retenir du Père François PIGNAL, plus particulièrement ceux qui ont pu l’accompagner de plus près dans son départ vers le Père si rapide : vraiment heureux ceux qui meurent ainsi dans le Seigneur.

Depuis quelques années, il a connu des ennuis de santé qui l’ont obligé à rejoindre la Maison Saint François. À Lourdes, l’année dernière, lors du pèlerinage diocésain, il avait reçu le sacrement des Malades, avec foi. Et il l’a reçu à nouveau, il y a quelques jours.

Le temps qu’il a vécu à Saint François a été une longue année de préparation paisible à la rencontre avec le Seigneur. Même si la vie physique s’en allait progressivement, presque insensiblement, une attente intérieure s’avivait.

Mais, avec lui, tout semblait si naturel et si habituel, tout se passait sans secousse et sans surprise, comme la lente maturation d’un fruit sous le soleil d’automne, qui prend tout son temps avant de se détacher de la branche. Jusqu’à ces derniers jours, pendant lesquels il n’a cessé de nous étonner par sa paix imperturbable, par un tranquille abandon. « Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur. »

Mourir ainsi dans le Seigneur, ce n’est possible qu’à celui qui a vécu dans le Seigneur. « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? » Rien, absolument rien, affirmait Saint Paul dans le passage de la Lettre aux Chrétiens de Rome, durement secoués par les persécutions.

Nos existences terrestres peuvent connaître des hauts et des bas, des souffrances, des traverses, des nuits obscures qui parfois pourraient nous faire douter, nous faire vaciller. Pourtant, même quand nous en doutons, Dieu notre Père est là présent attentif, soucieux de notre vrai bien.

Le Père François en était bien conscient. J’ai eu la grande chance de vivre quelques années de ministère avec lui. Il a été pour moi un père et un frère. « Ah ! qu’il est bon d’habiter tous ensemble d’être comme des frères, tous unis » Ensemble, je crois que nous avons donné ce témoignage.

Fraternel, il l’a été aussi pour les prêtres qu’il a accueillis : Les Père Bernard Compaoré et Barthélemy Ouédraogo, pendant leurs années d’études, ou les Père Justin de Madagascar, pour parfaire son français et le Père Nicolas OWONA pendant quelques mois à son arrivée dans notre diocèse.

Rarement dans ma vie de prêtre, rarement j’ai rencontré quelqu’un d’aussi serein dans sa foi et son espérance. Sa foi était grande, c’était la respiration de sa vie.

Aussi, en cet instant, tout nous revient en mémoire : sa façon de nous accueillir au presbytère, son sourire, sa bonté, sa délicatesse et sa discrétion. Tout cela nous remonte au cœur, pêle-mêle. Il faisait partie de notre vie – et pour certains depuis si longtemps ! –

Les saisons de la vie, les gaies et les moroses, il les a partagées avec nous et il a tant semé : de paroles, de silences, de prières, de conseils. Il a su faire lever tant d’affection, d’amitié, d’estime, il a donné tant de bonheur et de courage : « Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent en chantant. »

Dieu soit béni de nous avoir envoyé le Père françois !

Que Dieu nous donne nous aussi de semer par tous les temps, sur tous les terrains, sans nous décourager, car la vie, nous dit Jésus est plus forte que les pierres.

Le Père François ne s’est sans doute pas rendu compte du merveilleux témoignage qu’il nous a donné, aux croyants comme aux incroyants. Il était à la fois un homme d’ici-bas et d’en haut.

Souvent, nous parlons de ceux qui croient au ciel et de ceux qui croient à la terre. Tout naturellement, lui, aurait refusé le partage : le ciel et la terre se tenaient ensemble dans sa foi et dans sa vie.

Il a goûté les joies de la vie humaine parce que pour lui, tout cela est un cadeau et il est si bon d’être aimé. Il a aimé la vie parce ce qu’il lui trouvait du goût, un goût divin.

La vie coule des mains de Dieu, de la source inépuisable et elle va lentement et sûrement, comme un beau fleuve, vers l’immensité de Dieu, vers la vie éternelle, vers les retrouvailles avec notre Père.

C’était la foi du Père françois, comme un arbre solide, racines bien plantées en terre et feuillage offert au soleil. Sa foi en Jésus Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme. Peut-être pouvons-nous recueillir cela en héritage : ne jamais séparer le réel et la terre, le réel et l’idéal, Dieu et les hommes.

Nous qui cherchons à être chrétiens, nous essayons de voir notre existence à la lumière du Christ. Oui, car le Christ est là et il nous parle de la vie, de lumière et de re-naissance : « Moi, je suis le bon pasteur, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, et je donne ma vie pour mes brebis. »

Oui, Jésus nous a regardés. Il nous a aimés, et par notre vie, nous répondons à son amour. Comment ne pas rayonner Celui qui nous fait vivre ? Notre dévouement, notre disponibilité, notre service, notre prière, sont des façons de lui répondre. « Moi, je suis le bon pasteur et je donne ma vie pour mes brebis. » J’écoute, je veux écouter cette voix, je veux laisser pénétrer en moi cette parole unique pour moi.

Je crois en Jésus Christ : il a été grain perdu en terre et il est maintenant moisson immense, présent en tous ceux et toutes celles qui s’inspirent de lui comme François qui a donné sa vie au Christ et que le Christ a fait vivre.

Je fais confiance à Jésus Christ et je lui demande qu’il sème sa Parole en nous. Dieu connaît notre peine et sa patience de semeur est immense : qu’il ne cesse pas de jeter le grain de sa Parole. Je crois qu’elle trouvera en nous un bout de terre accueillante, une parcelle de foi, juste assez pour s’y enraciner et porter du fruit.

« À ceci, nous avons reconnu l’amour : celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères. » Cette Parole donne sens à l’Eucharistie que nous célébrons maintenant.

Père nous te rendons grâce, de tout cœur. Et, de loin, nous communions à la joie sans fin de celui dont les yeux se sont ouverts sur le visage, plein de douceur et de gloire du Seigneur Jésus, Berger de tout humanité.

Le Père François n’a cessé de le chercher, il en pressentait les traits. Maintenant, il est exaucé et il sait : tout ce qu’il a pu faire aux plus petits de ses frères, à ceux qu’il aimait, ceux avec qui et pour qui il a exercé son ministère, qu’il côtoyait au long des jours, qu’il bénissait de sa bonne humeur, c’est à lui, Jésus, qu’il l’a fait : « Viens, béni de mon Père, reçois en héritage le Royaume. »

biographie du Père PIGNAL

Message à la paroisse du Père COMPAORE en hommage au Père Pignal

Chers amis,

J’ai appris avec une profonde émotion et espérance la nouvelle de l’Entrée dans la Vie du Père François PIGNAL. Je voudrais vous présenter Paroisse du Christ Ressuscité mes sincères condoléances pour la vie et le ministère sacerdotal bien remplis de l’homme.
Le jeudi 18 septembre dernier, lors d’un passage rapide à  Annecy je suis monté lui rendre visite à la maison Saint François ! J’ai pu échanger avec lui ! Il était à table avec le père Lucien et d’autres confrères : il me demandait des nouvelles du Burkina, du Père Barthélémy et de certains confrères de passage à Sainte Bernadette qui ont eu la chance de le rencontrer et de l’apprécier ! Bien que fatigué et visiblement diminué par le poids de l’âge et des maladies, il était très lucide et très ravi de me revoir et…. moi surtout !
En effet, j’ai eu la chance de vivre avec lui au presbytère de sainte Bernadette de septembre 2005 en aout 2008, le père Philippe MÜLLER étant curé mais habitant à Saint Laurent ; c’était dans le cadre de ma formation en Gestion des Entreprise à l’IUT d’Annecy. Le Père PIGNAL fut pour moi un exemple de vie, une bibliothèque vivante, un père.
Pétri de culture et de l’histoire savoyarde, cet ami des enfants, des jeunes et des personnes âgées m’a toujours agréablement surpris par sa vie de foi, sa pauvreté évangélique, sa disponibilité au service, son humilité exemplaire, sa douceur entrainante, sa patience et ….son humour perspicace.
Aussi ai-je l’intime conviction que le Père PIGNAL laisse ainsi à ses confrères et ses amis et  aux fidèles chrétiens qui l’ont connu et aimé, l’exemple d’une vie toute vouée au Seigneur dans l’accomplissement d’une mission librement choisie et aimée.
Puisse le Maître de la Vie, que le père PIGNAL a servi durant son pèlerinage terrestre lui donner le repos éternel !
Père François, Priez pour nous
Arvi
Père Bernard Eudes COMPAORE
Archidiocèse de Ouagadougou

Hommage au Père François Pignal

Nous recommandons à vos prières le Père François Pignal qui nous a quittés vendredi pour rejoindre le Seigneur. Sa sépulture aura lieu mercredi 29 octobre à 14h30 en l’église Sainte Bernadette d’Annecy.

 

Voici l’hommage du père Michel Tournade :

Cher Père François Pignal,

 

Je souhaite, avec notre équipe d’animation pastorale, vous exprimer au moment de vous dire adieu toute notre gratitude pour les années que vous avez partagées avec la communauté paroissiale dont j’ai reçu la charge.
En cette période de Toussaint, il est bon de nous souvenir combien vous avez su apporter le visage souriant et le regard bienveillant d’une forme de sainteté qui n’avait rien d’intimidante. Vous saviez si bien rayonner de cette sérénité que l’expérience, la prière et une vie entièrement donnée avaient façonnée en cette dernière étape de votre sacerdoce. Prêtre auxiliaire, vous avez été pour moi le confrère toujours disponible et discret que l’on peut consulter, la mémoire aussi d’une vie diocésaine que vous connaissiez et saviez évoquer avec un regard clairvoyant et toujours positif. Je sais aussi tout le poids des nombreuses confidences que beaucoup venaient vous faire tant vous saviez partager le fardeau et les souffrances de celles et ceux qui appréciaient votre écoute évangélique, votre sourire bienveillant et votre douceur apaisante.
J’ai été touché aussi par l’extrême simplicité de votre manière de vivre. Vous saviez vous souvenir de vos origines très modestes, de votre maman lavandière au bord du Thiou, vous rêviez d’une Eglise simple, pauvre et attentive aux petits, celle-là même que notre pape François appelle de ses vœux aujourd’hui. Vous avez été aussi de ceux qui ont vécu avec un immense enthousiasme la mise en œuvre du Concile Vatican II.
Je sais, cher père François, que vous rêviez de partir avec discrétion en servant jusqu’au bout dans cette vocation à laquelle vous aviez répondu avec générosité dans vos jeunes années. Vos forces n’ont pas permis la réalisation de ce souhait et lorsque la maladie n’a plus permis cette disponibilité que nous aimions tant, vous avez sereinement et lucidement proposé de vous retirer à la maison saint François, toujours discret et souriant comme le serviteur de la parabole évangélique.

 

Merci père François Pignal pour ces très belles années que nous avons partagées à l’automne de votre vie, illustration magnifique qu’il peut être donné de fleurir en chacune de nos saisons quand l’existence est nourrie de l’Evangile.

 

Père Michel TOURNADE